Heimskringla

 

Orbe du Monde

 

LES SAGAS DES ROIS DE NORVÈGE.

— Dans la collection "L'aube des peuples", les éditions Gallimard viennent de publier le premier des trois volumes que comportera l' Histoire des rois de Norvège de Snorri Sturluson, dans la traduction de François-Xavier Dillmann 1.

Né en 1178 ou 1179, mort assassiné en 1241, Snorri est l'un des grands hommes politiques de l'Islande médiévale, doublé d'un écrivain hors pair, auteur d'un manuel de poésie et mythologie nordiques à l'usage des jeunes scaldes (l'Edda), et d'un historien attaché à la composition d'un vaste ouvrage couramment intitulé Heimskringla ("Orbe du monde") et consacré aux rois norvégiens, des origines à la fin du Xlle siècle.

L' Histoire des rois de Norvège {Heimskringla), rédigée vers 1230, est faite de seize sagas (traduites ici sous le nom d'"histoires") dont les six premières figurent dans ce volume, précédées du prologue dans lequel Snorri expose sa méthode, consistant avant tout en une approche critique de ses sources, écrites ou orales, dont certaines nous sont encore accessibles.

La première de ces sagas, Histoire des Ynglingar, présente la succession des rois mythiques et légendaires qui régnent à Upsal, en Suède, et Snorri fonde son récit sur un long poème du scalde Thiodolf (IXe siècle). La dynastie s'établit ensuite en Norvège, et le caractère historique s'amplifie dans les sagas suivantes, d'abord avec le règne (encore à demi légendaire) de Halfdan le Noir sur le Vestfold, puis avec celui de son fils, Harald à la Belle Chevelure, qui lui succède vers 860 et entreprend d'unifier la Norvège, ce qu'il obtient en 872 en battant ses opposants lors de la bataille du Hafrsfjord. A chacun des rois suivants correspond une nouvelle saga : Hakon le Bon, qui tente de convertir les Norvégiens, en vain ; Harald à la Pelisse grise ; et le dernier de ce volume : Olaf Fils Tryggvi (Tryggvason), proclamé roi en 995, qui s'emploie à imposer la religion chrétienne, ne rechignant pas, pour ce faire, au recours à la violence. Olaf périt dès l'an 1000 en affrontant dans la mer Baltique une flotte dano-suédoise.

Certes, on trouve déjà individuellement la plupart de ces six sagas en version française, mais c'est la première fois que la Heimskringla dans son ensemble sera disponible en français. Après une brève présentation de Snorri et de son œuvre, François-Xavier Dillmann donne du texte original une traduction fidèle et agréable, prenant le parti de franciser les noms propres le plus systématiquement possible. Il donne sous forme d'abondantes notes, minutieusement rédigées et regroupées à la fin du volume, quantité de précisions ou d'explications fort utiles, qui ont de quoi satisfaire le lecteur le plus exigeant.

On regrettera toutefois que la bibliographie, pourtant destinée à un public francophone, ne mentionne, à de rares exceptions près, que des ouvrages en langues étrangères et fasse abstraction de ce qui existe en français. De même, pourquoi renvoyer à plusieurs reprises (dans les notes) le malheureux lecteur uniquement à l'édition islandaise d'Egils saga Skallagrimssonar et d' Orkney inga saga, par exemple, alors qu'il pourrait avec profit consulter ces deux textes en français : La saga d'Egill, fils de Grimr le Chauve (au nombre des Sagas Islandaises, Gallimard, 1987) et La saga des Orcadiens (Aubier, 1990).

Toujours est-il que l'Histoire des rois de Norvège, fresque colorée et documentée où brillent des personnalités d'envergure, trouve justement sa place parmi les grands textes publiés dans cette collection, car il s'agit bien là d'un des fleurons de la littérature islandaise ancienne.

Jean RENAUD Université de Caen

 

1 Snorri Sturluson, Histoire des rois de Norvège, Première partie. Traduit du vieil islandais et annoté par François-Xavier Dillmann. Gallimard (L'aube des peuples), Paris, 2000, 706 p.

Ann. Normandie, 51, 2001, 2