Lombards

 

Les Lombards (Langobardi en latin puis Lombard par déformation après le VIIIe siècle sauf en Italie méridionale qui conserve le nom de Langobardi jusqu'au XIIe siècle) étaient un peuple germanique venu de la Baltique, appartenant plus précisément au groupe des Germains de l'Elbe mais originaire de Scandinavie méridionale selon leur propre tradition orale rapportée par leur historien Paul Diacre à la fin du VIIIe siècle. Ce peuple, sous la conduite de leur roi Alboïn, envahit l'Italie à partir du début de l'an 568.

Lombard migration

Les principales étapes de la migration des Lombards, de la Scandinavie (Scania) à l'Italie (Italia).

 

Origines

Les Lombards (ou plus exactement, Langobards) sont connus depuis bien longtemps par les Romains : en effet, en 98, l'historien Tacite les mentionne déjà dans son ouvrage sur les Germains, Germania. Pourtant, les Lombards restent plusieurs siècles dans l'ombre et leur histoire antérieure au Ve siècle est très mal connue. Le peuple lombard ne participe pas aux invasions et migrations barbares des IVe et Ve siècles.

Leur propre tradition orale tardive (l’Origo Gentis Langobardorum) décrit comment les Lombards quittèrent leur Scandinavie, dirigés par deux chefs frères, Ibor et Agio, et comment ils s’établirent en Europe centrale. Elle explique aussi l'étymologie de leur nom, les « Longues-Barbes » : ce dernier aurait été donné par le dieu Wotan à la petite tribu des Winilli (signifiant tout simplement les « Guerriers »), après que les femmes de cette tribu eurent coupé leurs cheveux et qu'elles les eurent utilisés comme barbes postiches ; le stratagème, soufflé par Freia, visait à renforcer le nombre des guerriers de la tribu confrontée à une invasion de guerriers Vandales, plus nombreux. Les Lombards se considéraient comme les préférés du dieu Odin.

Pourtant cette étymologie, qui est due à Paul Diacre, semblerait erronée et, comme cela a été évoqué par Cyrus, le mot Lombard pourrait avoir une autre origine : Citation de Régis Boyer

[...] les Lombards (un surnom sans doute, ils s'appellent probablement Uinniles, seraient venus de Norvège et devraient leur nom, non pas à ce qu'ils auraient eu de longues barbes comme on l'a longtemps cru, mais au fait qu'ils possédaient des hallebardes à longs fers, longobardi) [...].

Le mot Lombard viendrait plutôt de « longues bardes » - en ger., barte, signifie « hache », dont dérive en français le mot hallebarde, littéralement, « hache à poignée » 4 -, car ce peuple devait porter des armes d'hast lors de ses raids.

L'œuvre a pour modèle le récit de la migration des Goths (fait quant à lui par l'historien de ce peuple, Jordanès) et peut être également rapprochée du récit de la migration des Angles, des Jutes et des Saxons dans l'île de Bretagne tel qu'il est fait dans la Chronique anglo-saxonne. Aussi, le caractère mythologique de la tradition lombarde impose de considérer l'hypothèse de l'origine scandinave et de l'étymologie des Lombards avec la plus grande circonspection.

Migration

Au Ier siècle, les Lombards sont établis sur le cours supérieur de l'Elbe où ils affrontent l'empereur Tibère. Au siècle suivant, ils gagnent le cours moyen du Danube. Ainsi, en 167, ils sont présents en Pannonie où ils demeurent ensuite plusieurs siècles. Vers la fin du Ve siècle, en effet, ils obtiennent dans cette région un traité de l'empereur Justinien, devenant des fédérés de Rome. De nombreux guerriers lombards servent, à partir de l'an 551, comme mercenaires dans la péninsule italienne contre les Ostrogoths.

De Pannonie, ils détruisent le petit royaume hérule vers 505 puis occupent la province romaine de Pannonie première (peut-être en 527) enfin la Pannonie seconde à partir de 547. S'alliant aux redoutables cavaliers avars, un peuple de la steppe nouveau venu dans la région, ils battent sévèrement les Gépides qui tentent d'étendre leur royaume (v. 567). Une partie des Gépides s'unit aux Lombards et les suit en Italie où ils conservent durant un certain temps leurs propres lois. À partir du milieu du vie siècle, il semble que certains Lombards se convertissent au christianisme tandis que, parallèlement, ils sont touchés par l'arianisme (issus d'Ostrogoths d'Italie ?). En tout cas, l'immense majorité des Lombards est encore païenne.

Selon les sources, leur roi Alboïn passe ensuite un accord avec le khagan avar : durant 200 ans, les Lombards peuvent retourner en Pannonie et retrouver leur territoire. L'ensemble des Lombards, accompagnés de Gépides, mais également de bandes saxonnes, hérules et même avares, se mettent alors en route pour l'Italie où la destruction du royaume du grand Théodoric avait surtout créé un véritable vide politique, militaire et même administratif : près de 25 années de lutte acharnée entre Byzantins et Ostrogoths avaient mis la riche Italie en ruine et la reconquête justinienne s'avérait fragile.

Les Lombards en Italie

Au début de l'année 568, ayant franchi la frontière du Frioul, plus de 200 000 Lombards et leurs alliés envahissent la plaine du Pô mais, une fois dans la péninsule, ils se heurtent bientôt aux ouvrages défensifs qui entourent les villes ainsi qu'aux nombreuses forteresses romano-byzantines. Aussi, comme tout peuple barbare, les Lombards préfèrent la campagne aux villes et constituent des résidences rurales dans la fertile plaine du Pô (les salae), placées sous la coupe d'une farae (du germanique fara : bande). Vivre en communauté loin des villes devait certainement empêcher une assimilation rapide parmi la nombreuse population romaine et préserver la cohésion nationale lombarde ainsi que les qualités guerrières de leurs hommes.

De nombreux sièges, longs et difficiles autant pour les assiégés que pour les assiégeants, ont lieu tandis qu'une partie de la population italienne reflue vers le nord-est, en Vénétie et vers la côte ligure (région de Gênes). Finalement, les Lombards s'emparent de la ville de Pavie (572) mais l'Exarchat de Ravenne, alors byzantin, leur résiste toujours. Certaines bandes armées lombardes combattant plus ou moins pour leur propre compte, s'infiltrent également dans les Apennins, dans le Bénévent et jusqu'en Provence, d'où elles sont chassées par les Francs.

Après les assassinats d'Alboïn (572) et de son successeur Cleph en 574, les Lombards suppriment la royauté — fait unique pour cette époque — et restent sans roi pendant dix années, errant en bandes (composées de quelques milliers d'individus tout au plus), plus ou moins rivales à travers toute la péninsule qu'ils mettent à feu et à sang, dirigées par trente-cinq chefs militaires, les « Ducs ». L'organisation de la royauté lombarde en Italie, qui allait durer jusqu'à la conquête franque de Charlemagne, se mit probablement en place durant cette période d'anarchie : la couronne fut dévolue par les ducs à l'un d'entre eux, élu. En 584, ils choisissent de rétablir la royauté en faveur d'Authari auquel succède Agilulf (590-616). Celui-ci met en place un État digne de ce nom, reprenant la politique des Ostrogoths et de Théodoric le Grand, sur la base d'une collaboration entre Romains et Lombards, aux premiers étant dévolu l'administration civile, aux seconds la sécurité militaire. Le centre du pouvoir se situe à Monza. Agilulf consolide son pouvoir et la domination lombarde dans son royaume. La monarchie reste néanmoins élective et les ducs régionaux bénéficient d'une autonomie de fait. En 626, la capitale est transférée à Pavie. Le règne du roi Aripert (653-661) est caractérisé par la conversion des Lombards aux catholicisme, même si un nombre important d'entre eux restent longtemps encore ariens ou païens. L'adoption du catholicisme favorisa les rapports avec le pape et les Romains. Le roi Grimoald (661-671) marque une étape supplémentaire dans le contrôle des ducs, des monnaies étant frappées à son effigie. Se mettent en place des rapports pré-féodaux qui correspondent à l'entrée progressive du pays dans le Moyen Âge.