Havamal. Dits du Très-Haut

 

The stranger at the door

The Stranger at the Door (1908) par William Gershom Collingwood.

Le Hávamál est un poème didactique de l'Edda poétique révélant la vie du monde paysan concrète, existence terre à terre des bondi, possesseurs du sol. Ce poème du monde paysan qui préserve les mythes de l'Edda poétique et la dimension épique de l'aventure humaine est attribué au dieu de la poésie Odin. Il donne en substance des conseils de sagesse sur un mode de vie qu'est censé appliquer tout bonhomme ou prud'homme.

Son titre peut se traduire par « les Dits du Très Haut » ou « les paroles du Très Haut » ou encore « les grands conseils » ou « la grande langue ».

Loin d'être dogmatique, ce texte eddique réparti en 165 strophes est empli de sous-entendus qui, via une forme souvent anecdotique, permettent au lecteur (et à l'origine à l'auditeur, car il est issu de la tradition orale des Scaldes et des conteurs) de s'enrichir spirituellement.

Le personnage narrateur (le dieu Odin) est confronté au fil du texte à des situations profondément humaines, proches (pour la plupart) de celles que nous rencontrons tous au quotidien.

Une strophe du poème existe au moins depuis 980 puisqu'elle est reprise dans le poème Hákonarmál du scalde Eyvindr Skáldaspillir, et on attribue au Hávamál une origine norvégienne.

 

Voici ci-dessous la version pdf traduite par Régis Boyer

 

Havamal frhavamal-fr.pdf (109.77 Ko)

 

HAVAMAL 
 
Les Dits du Très-Haut 
(Traduction de Régis Boyer) 
 
 
 
 
1. Avant de pénétrer 
Que l'on surveille à la ronde, 
Que l'on examine 
Toutes les entrées 
Car on ne sait jamais 
Où les ennemis 
Siègent sur les bancs de la salle 
 
2. A ceux qui donnent, salut ! 
Un hôte est entré 
Où doit-il s'asseoir, celui-là? 
Bien empressé 
Celui qui, auprès du feu, 
Veut éprouver son renom. 
 
3. De feu a besoin 
Celui qui est entré, 
Gelé jusqu'aux genoux; 
De nourriture et de vêtement 
A besoin l'homme 
Qui a voyagé par les montagnes. 
 
4. D'eau a besoin 
Celui qui vient au festin, 
De linge pour se sécher et de cordiale bienvenue, 
D'affabilité, 
S'il peut en disposer 
Et qu'on se taise quand il parle. 
 
5. A besoin de sagacité 
Celui qui voyage au loin; 
Chez soi, tout est facile. 
Il sera tourné en dérision 
Le bon à rien 
Qui parmi les sages s'assoit. 
 
6. De sa sagesse 
On ne devrait pas se vanter,
Mais être sur ses gardes : 
Quand on est sage et taciturne, 
On revient chez soi, 
Rarement malheur advient au sage 
Car on ne trouve jamais 
Ami plus constant 
Qu'une grande intelligence. 
 
7. Que l'hôte prenne encore garde 
Qui vient au festin. 
Ouïe fine et silencieux, 
Ses oreilles écoutent 
et ses yeux examinent, 
C'est ainsi que tout sage s'enquiert. 
 
8. Heureux celui-là 
Qui s'acquiert 
Louanges et bonne réputation. 
Plus suspect est 
De tirer son inspiration 
Du sein d'autrui. 
 
9. Celui-là est heureux 
Qui pour soi-même obtient 
Louange et estime, tant qu'il vit 
Car mauvais conseils 
On a souvent reçus 
Du sein d'autrui. 
 
10. Il n'est meilleur fardeau 
A porter sur sa route 
Que n'est grande sagacité; 
Cela passe richesse 
En lieu où l'on n'est pas connu, 
C'est le refuge du pauvre. 
 
11. Il n'est fardeau meilleur 
A porter sur sa route 
Que n'est grande sagacité; 
Mais il n'est pire viatique 
A transporter par la plaine 
Qu'un trop grand appétit de bière. 
 
12. N'est pas aussi bonne 
Que bonne on la dit 
La bière, pour les fils des hommes;
Car plus il boit 
Moins l'homme garde 
Le contrôle de ses esprit. 
 
13. Héron de l'oubli s'appelle 
L'oiseau qui plane au-dessus des banquets: 
Il dérobe bon sens aux hommes; 
C'est sans les plumes de cet oiseau 
Que je fus capturé 
Dans l'enclos de Gunnlöd. 
 
14. Ivre de bière je fus 
J'avais trop pris de bière 
Chez le sage Fjalar; 
Car beuverie est d'autant meilleure 
Que chacun retrouve 
Ses esprits par la suite. 
 
15. Silencieux et pensif 
Faudrait que fût le fils du chef, 
Et hardi au combat; 
Joyeux et content 
Faudrait que chacun fût 
Jusqu'à ce que mort vienne. 
 
16. L'inavisé 
Croit qu'il vivra toujours 
S'il se garde de combattre, 
Mais vieillesse ne lui 
Laisse aucun répit, 
Les lances lui en eussent-elles donné. 
 
17. L'imbécile regarde bouche bée 
Qui vient en visite, 
Le voilà qui marmonne ou reste taciturne; 
Que tout soudain, 
Il obtient une lampée : 
Envolé le bon sens! 
 
18. Celui-là sait 
Qui voyage au loin 
Et a parcouru maints pays. 
Quelle trempe 
A quiconque 
Possède savoir et sagesse! 
 
19. Qu'on ne se cramponne pas à la corne à boire 
Qu'en outre on boive modérément' hydromel, 
Qu'on parle si c'est besoin, sinon qu'on se taise; 
De manquer de bon sens 
Nul ne te reprochera 
Quand tu irais tôt te coucher. 
 
20. Le goinfre 
A moins qu'il ne veille à son bon sens, 
Mange à se rendre malade pour la vie; 
Souvent par sa panse, 
L'idiot provoque le rire 
Quand il vient parmi les sages. 
 
21. Les troupeaux savent 
Quand ils doivent rentrer 
Et ils quittent alors le pâturage; 
Mais l'insensé 
Jamais ne connaît 
La capacité de sa panse. 
 
22. Le misérable 
Et malintentionné 
Rit à n'importe quoi; 
Mais ce qu'il ne sait pas 
Et qu'il devrait savoir, 
C'est qu'il n'est pas sans défaut. 
 
23. Le sot 
Veille toutes les nuits, 
Réfléchissant à tout à rien; 
Aussi est-il épuisé 
Quand vient le matin: 
Toute peine est restée ce qu'elle était. 
 
24. L'inavisé 
Pense que tout ceux 
Qui rient avec lui sont ses amis; 
Mais ce qu'il ne découvre pas 
C'est qu'on parle guère en sa faveur, 
S'il est assis parmi les sages. 
 
25. L'inavisé 
Pense que tout ceux 
qui rient avec lui sont ses amis: 
Alors découvre Quand vient au thing 
Qu'il y en a peu qui parlent pour lui. 
 
26. Le sot 
Pense tout savoir
S'il se tient en un coin tranquille;
Mais ce qu'il ne sait pas
C'est ce qu'il doit répliquer
Si les hommes le mettent à l'épreuve.
 
27. Le sot 
Qui va parmi les hommes, 
Le mieux est qu'il se taise; 
Nul ne sait 
Qu'il n'est capable de rien 
A moins qu'il ne parle trop; 
On ne sait pas 
Qu'il ne sait rien 
S'il s'abstient de trop parler. 
 
28. Celui-là seul se tient pour sage 
Qui peut tout mêmement 
Faire questions et réponses; 
Les fils des hommes ne peuvent 
Jamais cacher 
Ce qui se passe parmi les gens. 
 
29. Stupidités en suffisance 
Dit celui-là 
Qui jamais ne se tait; 
Une langue volubile 
Si elle n'a pas de bride 
Souvent se porte préjudice. 
 
30. Pour objet de dérision 
Ne faut que nul ne prenne autrui 
Quand il arrive au banquet; 
Maint alors s'estime sage 
S'il n'est pas questionné 
Et peut garder la peau sèche. 
 
31. Sage s'estime 
Celui qui prend la fuite, 
Hôte friand de se moquer de son hôte; 
Il ne sait pas bien 
Celui qui ricane au repas 
Si ce n'est pas avec des coquins qu'il caquète. 
 
32. Bien des hommes 
Sont mutuellement affables, 
Mais au repas ils se querellent; 
Discorde entre les hommes, 
Cela sera toujours:
L'hôte se chamaille avec l'hôte. 
 
33. Repas de bon matin 
Faudrait faire souvent, 
A moins qu'on aille au banquet; 
Alors on s'assoit et on agite les mâchoires, 
On fait celui qui a faim 
Et on sait ne parler guère. 
 
34. Grand détour 
Mène chez l'ennemi 
Quand bien même il habite sur la grande route; 
Mais pour aller chez l'ami cher, 
Les routes sont directes 
Même s'il est parti au loin. 
 
35. Il faut partir. 
Il ne faut pas que l'invité 
Séjourne éternellement en même lieu; 
D'agréable, on devient odieux 
Si l'on reste longtemps 
Sur le banc d'autrui. 
 
36. Un chez-soi est meilleur 
Même s'il est petit : 
Chez soi chacun est maître 
Quand bien même on aurait deux chèvres 
Et une hutte au toit de chaume 
C'est toujours mieux que la mendicité. 
 
37. Un chez-soi est meilleur 
Même s'il est petit : 
Chez soi chacun est maître; 
Saignant est le coeur 
De qui doit mendier 
Sa nourriture de chaque repas. 
 
38. De ses armes, sur la plaine, 
Point ne faut 
D'un pas s'éloigner, 
Car on ne sait jamais 
Quand, sur le grand chemin, 
On aura besoin de sa lance. 
 
39. Point n'ai trouvé homme si généreux 
Ou sur la nourriture si libéral
Qu'il ait refusé ce qu'on lui donnait, 
Ou de son bien 
Si peu pingre 
Qu'il ait trouvé haïssable le dédommagement. 
 
40. De son argent 
Et de ce qu'on a reçu, 
On ne devrait pas se refuser de jouir : 
Souvent on épargne pour le détestable 
Ce qu'au délicieux on destinait; 
Mainte chose va pis que prévu. 
 
41. D'armes et d'étoffes 
Doivent amis se réjouir, 
C'est qu'on voit le mieux sur soi-même; 
Large donnants et bien redondants 
Sont amis le plus longtemps 
Si le temps leur en est laissé. 
 
42. De son ami 
On doit être l'ami 
Et rendre don pour don; 
Entre les hommes, 
Rire pour rire; 
Mais fausseté pour fourbe. 
 
43. De son ami 
On doit être l'ami 
De lui et de ses amis; 
Mais de son ennemi 
Nul ne devrait 
Être l'ami de l'ami 
 
44. Vois-tu, su tu as un ami 
En qui tu aies bien confiance 
Et veux qu'il te fasse du bien, 
Tu dois avec lui mêler ton âme 
Et échanger des cadeaux, 
Aller le trouver souvent. 
 
45. Si tu en as un autre 
En qui tu n'as pas confiance 
Et veux pourtant qu'il te fasse du bien, 
Tu dois lui dire de belles paroles, 
Mais tiens-le pour faux 
Et rends-lui fausseté pour fourbe.
 
46. Ceci encore pour celui 
En qui tu n'as pas confiance 
Et dont tu suspectes l'humeur : 
Tu dois rire avec lui 
Et travestir ta pensée 
Tel don, telles récompense. 
 
47. Jeune, je fus jadis. 
Je cheminai solitaire; 
Alors, je perdis ma route; 
Riche je me sentis 
Quand je rencontrai autrui : 
L'homme est la joie de l'homme. 
 
48. Homme généreux, audacieux 
Sont ceux qui vivent le mieux 
Rarement le chagrin les accable; 
Mais le poltron 
Craint n'importe quoi; 
Rechigne assez le chiche sur les dons. 
 
49. Mes frusques 
Je donnai sur la plaine 
A deux hommes de bois 
Virils ils se trouvèrent 
Vêtus de ces habits. 
Honteux est l'homme nu. 
 
50. Dépérit le jeune pin 
Qui se dresse en lieu sans abri: 
Ne l'abritent écorce ni aiguilles; 
Ainsi l'homme 
Que n'aime personne : 
Pourquoi vivrait-il longtemps? 
 
51. Plus chaude que le feu 
Brûle entre mauvais amis 
La paix, pendant cinq jours; 
Mais alors elle s'éteint 
Quand le sixième survient 
Et l'amitié est au plus mal. 
 
52. Grands cadeaux uniquement 
Ne faut pas faire aux gens 
Souvent petits présents attirent louange;
Avec un demi-pain 
Et une coupe presque vide 
Je me suis fait un camarade. 
 
53. A petite mer, 
petits rivages, 
Petits sont les esprits des hommes; 
Car tous hommes 
Ne sont pas sages également; 
Tout âge n'est qu'a demi accompli. 
 
54. Modérément sage 
Devrait être chacun 
Jamais trop sage; 
A ceux-là 
La vie est la plus belle 
Qui bien des choses savent. 
 
55. Modérément sage 
Devrait être chacun, 
Jamais trop sage; 
Car l'esprit du sage 
Rarement est joyeux 
Si la sagesse est suprême. 
 
56. Modérément sage 
Devrait être chacun 
Jamais trop sage; 
Celui qui ne sait pas d'avance 
Son destin 
A le coeur le plus libre de soin. 
 
57. Brandon, de brandon 
Brûle, jusqu'à consomption 
Flamme s'allume à flamme; 
L'homme, de l'homme 
Sera par paroles connu, 
Mais le sot se fait connaître à sa sottise. 
 
58. Doit se lever matin 
Celui qui d'autrui veut 
Ravir les biens ou la vie; 
Rarement loup gisant 
Ne trouve gigot, 
Ni homme dormant, la victoire. 
 
59. Doit se lever le matin 
Celui qui a peu de main-d'oeuvre 
Et veut vaquer à ses affaires; 
Sur bien des choses retarde 
Celui qui dort le matin. 
Résolution est route vers richesse. 
 
60. Sèches billes de bois 
Et écorces à chaume, 
De cela, l'homme sait la juste mesure 
Ainsi que du bois 
Qui pourra suffire 
Pour année ou saison. 
 
61. Lavé et restauré, 
Que l'homme aille au thing 
Même s'il n'est pas bien habillé: 
De ses chausses et de ses braies 
Que nul n'ait honte, 
Et de son cheval non plus 
Même s'il n'en a pas de bon. 
 
62. Il laisse pendre le col, humilié, 
Quand il arrive à la mer, 
L'aigle, à l'antique mer; 
Ainsi l'homme 
Qui vient parmi la foule 
Et a peu d'intercesseurs. 
 
63. Doit questionner et répondre 
A chaque sage 
Celui qui veut être appelé avisé; 
Qu'un seul soit au courant! 
Mais qu'il y en ait pas un second. 
S'ils son trois, tout le monde le sait. 
 
64. De sa puissance 
Il faudrait que tout sage 
Use avec modération : 
Alors il découvre 
Quand il vient parmi les braves 
Que nul ne peut à lui seul de tous triompher. 
 
65.....strophe incomplète..... 
Des paroles 
Que l'on dit aux autres,
Souvent ont reçoit paiement. 
 
66. Trop tôt 
J'arrivai en maint lieu, 
Mais trop tard en quelques-uns; 
La bière était bue, 
Ou bien elle n'était pas brassée, 
Le fâcheux trouve rarement la jointure. 
 
67. Ici et là, 
On m'aurait invité 
Si je n'avais pas eu besoin de manger 
Ou si, chez l'ami fidèle, 
Deux jambons avaient pendu 
A la place de celui que j'avais mangé. 
 
68. C'est le feu qui est le meilleur 
Pour les fils des hommes 
Ainsi que le spectacle du soleil, 
La santé 
Si on peut la garder, 
Et de vivre sans opprobre. 
 
69. L'on n'est pas malheureux tout à fait 
Même si l'on est en mauvaise santé : 
D'aucun sont heureux par leurs fils. 
D'aucun par leurs parents, 
D'aucun par biens en suffisance, 
D'aucun par bonnes actions. 
 
70. Mieux vaut être en vie 
Que d'être sans vie, 
Au vivant, la vache. 
Je vis le feu flamboyer 
Chez le riche, 
Mais il gisait, dehors, mort, devant la porte. 
 
71. Un boiteux monte à cheval, 
Un manchot garde les troupeaux, 
Un sourd fait assaut d'armes et rend service, 
Mieux vaut être aveugle 
Que brûlé 
Un mort n'est utile à personne. 
 
72. Mieux vaut avoir un fils 
Même s'il naît trop tard,
Après la mort de son père; 
Rarement pierre commémorative 
Ne se dresse au bord du chemin 
Si le parent ne l'érige au parent. 
 
73. Deux hommes, l'un peut tuer l'autre, 
Ta langue peut te coûter la tête, 
Sous chaque manteau 
Je soupçonne une main sur la garde d'une épée. 
 
74. Se réjouit de la nuit, 
Qui a viatique solide, 
Étroites sont les places dans un bateau; 
Changeante est la nuit d'automne; 
Le temps varie souvent 
En cinq jours, 
Davantage encore en un mois. 
 
75. Pont ne sait 
Celui qui rien ne sait 
Que prospérité en égare beaucoup; 
Un homme est riche, 
Un autre ne l'est pas, 
Qu'on n'ajoute pas à son malheur. 
 
76. Meurent les biens, 
Meurent les parents, 
Et toi, tu mourras de même; 
Mais la réputation 
Ne meurt jamais, 
Celle que bonne l'on s'est acquise. 
 
77. Meurent les biens, 
Meurent les parents 
Et toi, tu mourras de même; 
Mais je sais une chose 
Qui jamais ne meurt : 
Le jugement porté sur chaque mort. 
 
78. Parcs à moutons remplis 
Je vis chez les fils de Fitjung 
Maintenant ils portent le bâton de mendiant; 
Ainsi de la richesse 
Comme d'un clin d'oeil : 
C'est la plus instable des amies. 
 
79. Le sot 
S'il vient à s'attribuer 
Fortune ou faveur de femme, 
Son orgueil s'accroit en lui 
Mais sa sagacité, jamais; 
Il progresse copieusement dans sa propre vanité. 
 
80. Preuve est faite : 
Quand tu interroges sur les runes 
Venues des Dieux, 
Celles que firent les Dieux suprêmes 
Et que colora le grand maître du monde 
Le plus sûr est de se taire. 
 
81. C'est le soir qu'il faut louer le jour 
La femme, quand elle est brûlée 
L'épée, quand on l'a éprouvée, 
La vierge, quand elle est mariée, 
La glace, quand on la traversée, 
La bière, quand elle est bue. 
 
82. C'est dans le vent qu'il faut abattre l'arbre 
Par bonne brise qu'il faut ramer en mer, 
Dans l'obscurité qu'il faut bavarder avec la vierge : 
Nombreux sont les yeux du jour; 
Un bateau est fait pour cingler, 
Une targe, pour protéger, 
Une épée, pour les coups, 
Et une vierge, pour les baisers. 
 
83. Près du feu, il faut boire la bière, 
Et sur la glace, glisser, 
Acheter la jument maigre, 
L'épée, rouillée, 
Engraisser le cheval à la maison 
Et le chien à la niche. 
 
84. Parole de fille 
Nul ne devrait croire 
Ni ce que dit femme mariée 
Car sur une roue tourbillonnante 
Le coeur a été façonné, 
Inconstance a été placée dans leur sein. 
 
85. Arc fragile, 
Flamme flambant, Loup béant, 
Corbeau croassant, 
Porc grognant, 
Arbre sans racines, 
Vague montante, 
Bouilloire bouillante, 
 
86. Trait volant, 
Vague retombante, 
Glace d'une nuit, 
Serpent lové, 
Verbiage de mariée au lit, 
Ou épée brisée, 
Jeu d'ours, 
Ou fils de roi, 
 
87. Veau malade, 
Esclave volontaire, 
Belles paroles de sorcière, 
Cadavre récemment tombé, 
 
88. Champ tôt ensemencé : 
Que nul homme ne leur fasse confiance, 
Non lus que trop tôt à son fils. 
- Le temps décide du champ, 
Et l'esprit, du fils; 
Chacun d'eux est dangereux. 
 
89. Le meurtrier de son frère, 
Si on le rencontre sur la route, 
La maison mal brûlée, 
Le cheval véloce 
- Un étalon est inutile 
S'il se casse une patte - , 
Qu'on ne soit pas assuré 
Au point de leur faire confiance à tous. 
 
90. Avoir la paix avec une femme 
Dont fausseté hante le coeur, 
C'est comme mener sur la glace glissante 
Un étalon non ferré, 
Sauvage, de deux hivers 
Et mal dressé, 
Ou comme croiser dans la tempête 
Sur un bateau sans barre, 
Ou comme, pour un boiteux,
Poursuivre un renne sur les pentes, au dégel. 
 
91. Ouvertement à présent je parle 
- Car je sais l'un et l'autre - 
L'humeur de l'homme est changeante envers la femme : 
Nous faisons les plus beaux discours 
Quand nos pensées sont les plus trompeuses. 
C'est là leurrer le sens des sages. 
 
92. Doit bellement parler 
Et offrir de l'argent 
Qui veut obtenir faveur de femme, 
Vanter le corps 
De la jeune fille : 
Qui aime est aimé en retour. 
 
93. Blâmer l'amour 
D'autrui, 
Nul ne le devrait jamais : 
Souvent s'émeut le sage 
Là où l'idiot demeure indifférent 
Aux couleurs désirables d'un joli visage. 
 
94. En rien ne faut blâmer 
Autrui 
De ce qui à beaucoup arrive. 
Sage devient sot : 
Voilà ce que fait aux fils des hommes 
L'ardent désir. 
 
95. L'esprit seul sait 
Ce qui gît près du coeur, 
Il est seul avec son amour : 
Il n'est pire peine 
Pour tout homme sage 
Que de n'être pas satisfait de soi. 
 
96. J'ai éprouvé cela 
Quand j'étais dans les roseaux 
Attendant le délice de mon coeur; 
Chair et coeur 
M'était la sage vierge, 
Quoique je ne l'eusse pas encore. 
 
97. La vierge de Billingr 
Je trouvais sur le lit;
Claire comme soleil, dormant: 
Délices de Jarl, 
Il me sembla qu'il n'en existait pas 
Auprès de vivre avec ce corps. 
 
98. Mais vers le soir, 
Tu viendras, Odin 
Si tu veux réclamer cette femme; 
Bien mauvais sort 
Si ne sommes d'accord 
Sur ce que nous faisons. 
 
99. Je renonçai 
- Il semblait qu'elle m'aimât - 
A mon dur désir 
Car je croyais 
Que j'aurais d'elle 
Tout plaisir et liesse. 
 
100. Là-dessus, je revins, 
Mais les intrépides 
Guerriers étaient tous éveillés, 
Avec torche enflammées 
Et flambeaux hissés, 
Ainsi étais-je en périlleuse passe. 
 
101. Mais vers le petit matin, 
Quand je revins encore, 
Les gens de la maison étaient endormis; 
Je ne trouvai qu'une chienne 
Appartenant à l'excellente femme, 
Au lit attaché. 
 
102. Mainte excellente vierge 
-Si l'on y regarde de près- 
Et traîtresse envers les hommes. 
C'est ce que j'éprouvai 
Quand j'essayai d'attirer 
La rusée aux jeux d'amour. 
De toute dérision 
Me couvrit l'adroite femme, 
Et d'elle, je n'obtins rien. 
 
103. Chez soi, qu'on soit content 
Et joyeux envers l'hôte, 
Il faut être sage pour soi-même,
Avoir bonne mémoire, être communicatif, 
Si l'on veut être savant en maintes choses. 
Il faut souvent parler de bonnes choses : 
Idiot énorme s'appelle 
Celui qui ne sait guère parler : 
C'est le propre des sots. 
 
104. Au vieux géant je rendis visite : 
A présent, me voici revenu; 
Là, je ne pus guère garder le silence, 
Maints discours 
Je fis en ma faveur 
Dans la salle de Suttung. 
 
105. Gunnlöd me donna à boire, 
Assise sur un siège d'or, 
Un trait du précieux hydromel; 
Sordide récompense 
Je lui laissai 
Pour son coeur sincère, 
Pour sa profonde affection. 
 
106. Par la bouche de Rati 
Je me fis frayer un passage 
Et ronger le rocher; 
Par-dessus et par-dessous 
Passaient les routes des géants 
Ainsi risquai-je ma tête. 
 
107. De la belle bien acquise 
J'ai bien joui 
Peu de choses manquent au sage, 
Car Odrerir 
Est maintenant remonté 
Jusqu'à la demeure des dieux. 
 
108. Je doute 
Que j'eusse pu sortir 
De l'enclos des géants 
Si je n'avais joui de l'amour de Gunnlöd, 
L'excellente femme 
Dans les bras de qui j'ai couché. 
 
109. Le lendemain des noces 
Les Thurses du givre allèrent 
Consulter le Très-Haut;
De Bölverk ils s'enquirent, 
Savoir s'il était revenu parmi les dieux 
Ou si Suttung l'avait immolé 
 
110. Je crois bien qu'Odin 
Avait prêté serment sur l'anneau sacré, 
Qui peut à sa foi se fier? 
Au partir du banquet 
Il a laissé Suttung frustré 
Et Gunnlöd en larmes. 
 
111. Il est temps d'incanter 
Sur le siège du thulr 
Au bord du puits d'Urd 
Je vis et je me tus, 
Je vis et je méditai, 
J'écoutai les propos des hommes; 
Des runes, j'entendis traiter, 
Point n'en celèrent les pouvoirs 
A la halle du Très-Haut, 
Dans la halle du Très-Haut 
J'entendis ainsi parler : 
 
112. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
- Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
De nuit, ne te lève pas, 
A moins que tu ne sois en quête 
Ou que tu cherches les cabinets. 
 
113. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Entre les bras d'une magicienne 
Il ne faut pas que tu dormes, 
En sorte qu'elle puisse rendre roides tes jointures. 
 
114. Elle fait si bien 
Que tu ne te soucies plus 
De thing ni de propos de roi; 
De nourriture, tu ne veux plus 
Ni de gaieté de personne, 
Tu va plein de chagrin dormir. 
 
115. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
La femme d'un autre, 
Ne séduis jamais 
Pour en faire ta maîtresse. 
 
116. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Si l'envie te prend d'aller 
Dans la montagne ou par le fjord, 
Fais un bon repas. 
 
117. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
A un méchant 
Ne laisse jamais 
Connaître tes ennuis, 
Car d'un méchant 
Tu ne recevras jamais 
Paiement de ta bonne intention. 
 
118. J'ai vu des paroles 
De méchante femme 
Mordre cruellement un homme : 
Une langue menteuse 
Lui coûta la vie 
Encore qu'il ne fît point coupable. 
 
119. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Vois-tu, si tu as un ami 
En qui tu aies bien confiance, 
Va le trouver souvent 
Car les taillis croissent 
Ainsi que l'herbe haute 
Sur le chemin que nul ne foule 
 
120. Nous te conseillons, Loddfafnir,
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Un excellent homme, 
Attache-le-toi par des propos joyeux 
Et apprends la clémence, tant que tu vis. 
 
121. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Avec ton ami 
Ne soit jamais 
Le premier à rompre; 
Le chagrin dévore le coeur 
Si tu n'as personne 
A qui ouvrir ton âme. 
 
122. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Te disputer 
Jamais ne faut 
Avec un singe malavisé 
 
123. Car d'un méchant homme 
Jamais tu n'obtiendras 
Récompense pour tes bonnes actions, 
Mais un excellent homme 
Put bien te rendre 
Populaire et prisé par autrui. 
 
124. Fraternité d'arme il y a 
Quand on dit A un seul tout ce que l'on pense; 
Tout est mieux 
Que d'être de coeur malhonnête; 
Qui approuve toujours, ce n'est pas un ami. 
 
125. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Echanger trois mots d'insulte 
Avec un plus mauvais que toi, tu ne le dois pas; 
C'est souvent le meilleur qui cède
Quand le pire cherche noise. 
 
126. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Cordonnier ne sois, 
Ni fabricant de manche, 
Si ce n'est pour ton propre usage. 
Que la chaussure soit mal faite 
Ou que le manche soit mauvais, 
On te voudras du mal. 
 
127. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Où que tu sache le malheur, 
Dis-toi qu'il est pour toi, 
Et ne laisse pas la paix à ton ennemi. 
 
128. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Content du mal, 
Ne le soit jamais 
Mais réjouis-toi du bien. 
 
129. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Regarder en l'air 
Tu ne le dois pas dans la bataille 
- Pareils à des porcs 
Seront les fils des hommes - , 
De peur que ton esprit ne soit ensorcelé. 
 
130. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Si tu veux inviter une excellente femme 
A de joyeux entretiens. 
Et en retirer liesse, Il faut faire belles promesses 
Et ferme les tenir; 
Nul ne se lasse de ce qui est bon. 
 
131. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Prudent, je te prie d'être, 
Mais point trop prudent; 
Sois surtout prudent avec la bière 
Et avec la femme d'autrui 
Et avec cela, en troisième lieu 
Que les voleurs ne te dupent pas. 
 
132. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Pour objet de moquerie ou de rire 
Ne prends jamais 
Hôte ou voyageur. 
 
133. Souvent ne savent pas bien 
Ceux qui restent assis à l'intérieur 
Quelles sortes de gens sont les arrivants; 
Il n'est homme si excellent 
Qu'il ne soit sans défaut, 
Ni si mauvais qu'à rien ne serve. 
 
134. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Du sublime thulr 
Ne ris jamais 
Souvent est excellent ce que disent les anciens. 
Paroles claires proviennent 
Souvent des peaux ratatinées, 
Celles qui pendent parmi les cuirs, 
Pendillent parmi les parchemins 
Et se balancent parmi les misérables. 
 
135. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends,
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Ne raille pas ton hôte 
Ni ne le mets à la porte, 
Sois secourable au pauvre peuple. 
 
136. Lourd, le loquet 
Qu'il faut lever 
Pour ouvrir à tout le monde; 
Baille une bague à cet homme 
Ou bien il fera venir 
Tous les maux dans tes membres. 
 
137. Nous te conseillons, Loddfafnir, 
Et toi, puisses-tu apprendre de ces conseils. 
-Tu en jouiras, si tu les apprends, 
Ils te seront bénéfiques, si tu les suis. 
Contre le beuveries de bière 
Choisis la force de la terre 
Car la terre guérit l'excès de bière, 
Le feu, les maladies (contagieuses) 
Le chêne, les constipations 
L'épi, la sorcellerie 
Le sureau, les querelles domestiques 
- Contre frénésie, faut invoquer la lune - 
L'alun, les morsures (d'insectes) 
Et les runes, le malheur, 
Le sol guérit les vomissements. 
 
138. Je sais que je pendis 
A l'arbre battu des vents 
Neuf nuits pleines, 
Navré d'une lance 
Et donné à Odin 
Moi-même à moi-même donné, 
- A cet arbre 
Dont nul ne sait 
D'où proviennent les racines. 
 
139. Pont de pain ne me remirent 
Ni de coupes; 
Je scrutai en dessous, 
Je ramassai les runes, 
Hurlant, les ramassai, De là, retombai. 
 
140. Neuf chants suprêmes 
J'appris du fils renommé
De Bölthorn, père de Bestla, 
Et je pus boire 
Du précieux hydromel 
Puisé dans Odredir. 
 
141. Alors je me mis à germer 
Et à savoir, 
A croître et à prospérer, 
- De parole à parole 
La parole me menait, 
D'acte en acte 
L'acte me mentait. 
 
142. Tu découvriras les runes 
Et les tables interprétées, 
Très importantes tables, 
Très puissantes tables 
Que colora le sage suprême 
Et que firent les puissances 
Et que grava le Crieur des Dieux. 
 
143. Odin parmi les Ases les grava 
Pour les Alfes, ce fut Dainn 
Dvalinn, pour les nains, 
Asvid pour les géants, 
J'en gravai moi-même quelques-unes. 
 
144. Sais-tu comment il faut tailler? 
Sais-tu comment il faut interpréter? 
Sais-tu comment il faut peindre? 
Sais-tu comment il faut éprouver? 
Sais-tu comment il faut demander 
Sais-tu comment il faut sacrifier? 
Sais-tu comment il faut offrir? 
Sais-tu comment il faut immoler? 
 
145. Mieux vaut ne pas demander 
Que trop sacrifier. 
Qu'il y' avait toujours récompense pour don. 
Mieux vaut ne pas offrir 
Que trop immoler. 
Voilà ce que Odin grava 
Avant les origines de l'humanité; 
Là, il ressuscita 
Quand il revient.
 
146. Ces charmes je sais 
Que ne sait femme de prince 
Ni fils d'homme 
L'un s'appelle Aide 
Et il t'aidera 
Dans les procès et les chagrins 
Et les dures détresses. 
 
147. J'en sais un second 
Dont ont besoin les fils des hommes, 
Ceux qui veulent être mires. 
 
148. J'en sais un troisième : 
Si je suis en pressant besoin 
De mettre à mal mes ennemis, 
J'émousse le fil des épées 
De mes adversaires. 
Ne mordent plus leurs armes ni leurs engins. 
 
149. J'en sais un quatrième : 
Si les guerriers me mettent 
Liens à jambes et bras, 
J'incante de telle sorte 
Que je vais où je veux, 
Fers me tombent des pieds 
Et lien des bras. 
 
150. J'en sais un cinquième : 
Si, par vilenie, l'on m'envoie 
Un tait volant parmi le peuple, 
Il ne va pas si impétueusement 
Que je ne puisse l'arrêter 
Si je viens à le voir. 
 
151 J'en sais un sixième : 
Un homme me navre-t-il 
D'une racine de bois pleins de sève 
Cet homme 
Qui me voue au malheur, 
Les maux le consument plutôt que moi. 
 
152. J'en sais un septième : 
Si je vois la haute flamme 
Ardre la salle parmi les compagnons de banc, 
Elle ne brûle pas si vaste 
Que je ne puisse me préserver.
Tel est le charme que je chante. 
 
153. J'en sais un huitième 
Qui à tous est 
Profitable à prendre : 
Où que s'enfle la haine 
Parmi les fils du chef, 
Je peux l'apaiser promptement. 
 
154. J'en sais un neuvième : 
Si le besoin me presse 
De sauver mon navire en mer dérivant, 
Je calme le vent 
Sur la vague de la tempête 
Et mets toute la mer en repos. 
 
155. J'en sais un dixième : 
Si je vois des sorcières 
Chevaucher par les airs, 
Je fais de telle sorte 
Qu'elles s'égarent 
Sans retrouver leu propre peau 
Sans retrouver leur propre esprit. 
 
156. J'en sais un onzième : 
Si je dois à la bataille 
Mener mes amis de toujours 
Je hurle contre ma targe 
Et eux, pleins de force, s'élancent 
Sains et saufs à l'assaut, 
Sains et saufs en repartent; 
Sains et saufs en reviennent. 
 
157. J'en sais un douzième : 
Si je vois sur la potence 
Osciller un cadavre de pendu, 
Je sais graver de telle sorte 
Et peindre les runes 
Que cet homme revient à soi 
Et m'adresse la parole. 
 
158. J'en sais un treizième : 
Si je dois sur un jeune homme 
Verser l'eau lustrale, 
Il ne périra pas, 
Irait-il au combat
Les épées ne le réduiront pas. 
 
159. J'en sais un quatorzième : 
S'il faut que devant les hommes 
J'énumère les Dieux 
Des Ases et des Alfes 
Je sais toute chose; 
Peu de sages le savent. 
 
160. J'en sais un quinzième : 
Que le nain Thjodrorir 
Chanta devant les portes de Delling : 
Par ses charmes donna la force aux Ases, 
Aux Alfes, le renom 
La clairvoyance à Odin. 
 
161. J'en sais un seizième : 
Si de la femme sage 
Je veux obtenir amour et liesse, 
Je tourne la tête 
De la femme aux bras blancs 
Et bouleverse tout son coeur. 
 
162 J'en sais un dix-septième : 
.. .... .... .... ... ... 
Qu'elle aura peine à m'éviter 
La juvénile vierge. 
 
163. Ces charmes 
Loddfafnir, 
Puissent-ils te servir longtemps; 
Qu'ils te soient bénéfiques, si tu les suis; 
Opportuns, si tu les apprends, 
Utiles, si tu les acceptes. 
 
164. J'en sais un dix-huitième 
Que jamais n'ai enseigné 
A vierge ni femme d'homme 
- Il vaut mieux 
Qu'un seul le sache 
Fin des charmes s'ensuit - 
Sinon à celle-là seule 
Qui me prend dans ses bras 
Ainsi qu'à ma soeur. 
 
165. A présent les dits du Très-Haut sont chantés dans la salle du Très-Haut, 
Très utiles aux fils des hommes, 
Inutiles aux fils des géants; 
Salut à celui qui chanta! 
Salut à celui qui sut! 
Qu'en jouisse celui qui les apprit! 
Salut à ceux qui écoutèrent!
 
Continuer son chemin avec la Völuspa